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Né en 1908 à Bruxelles, Claude Lévi-Strauss fait des études de droit et de philosophie. Reçu à l’agrégation de philosophie en 1931, il enseigne deux ans aux lycées de Mont-de-Marsan et de Laon. Puis, il s’expatrie au Brésil où il est nommé professeur de sociologie à l'Université de São Paulo. De 1935 à 1939, il organise et dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie, à la rencontre des populations kaingang, caduveo, bororo, nambikwara et tupi-kawahib.

De retour en France à la veille de la guerre, il est révoqué à cause des lois anti-juives du gouvernement français collaborationniste et réussit à se rendre aux Etats-Unis en 1941, en s’échappant sur un paquebot où il voyage avec André Breton et Victor Serge. Il enseigne alors à la New School for Social Research de New York et participe à la fondation de l'Ecole libre des hautes études de New York, dont il devient le secrétaire général. De 1945 jusqu'à la fin de 1947, il est conseiller culturel à New York auprès de l'ambassade de France aux Etats-Unis. En 1948, il publie La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara et soutient sa thèse sur Les Structures élémentaires de la parenté, publiée en 1949.

Rentré en France en 1949, il est d'abord maître de recherches au CNRS puis sous-directeur du Musée de l'Homme. Il est ensuite nommé directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, à l'ancienne chaire de Marcel Mauss, rebaptisée chaire des religions comparées des peuples sans écriture. En 1955, il publie Tristes tropiques, livre qui, au-delà du récit de voyages, bouleverse la pensée occidentale. En 1959, il est élu à la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France qu’il occupe jusqu’en 1982. Race et histoire, dont est extrait le texte suivant, est une conférence qu’il prononça à l’Unesco en 1952.

 

« Il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu’elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale. (…) L’attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu’elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles, morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n’est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement – il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire « de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. (…)

Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les « sauvages » (ou tous ceux qu’on choisit de considérer comme tels) hors de l’humanité, est justement l’attitude la plus marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. Dans les deux cas, on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. (…) L’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village ; à tel point qu’un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d’un nom qui signifie les « hommes » (ou parfois (…) les « bons », les « excellents », les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu’ils sont tout au plus composés de « mauvais », de « méchants », de « singes de terre » ou « d’œufs de pou ». On va souvent jusqu’à priver l’étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition ». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l’Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d’enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s’employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. (…) Cette anecdote à la fois baroque et tragique illustre bien le paradoxe du relativisme culturel, que nous retrouverons ailleurs sous d’autres formes : c’est dans la mesure même où l’on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l’on s’identifie le plus complètement avec celles qu’on essaie de nier. En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. »

 

Claude Lévi-Strauss – Race et histoire

 

Questions :

 

1. Ce texte a pour thème l’ethnocentrisme. Quelle définition Lévi-Strauss en donne-t-il ?

2. Expliquez la phrase suivante : « On préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. »

3. Quel rapport entre « l’anecdote baroque et tragique » rapportée dans ce texte et La Controverse de Valladolid ?

4. Pourquoi « Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » ?

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